Apprenez à distinguer modernisation digitale et transformation numérique

@Karima-Catherine Goundiam
24 octobre 2019

Un grand nombre d’organisations confondent transformation et modernisation numériques. La transformation numérique traduit un besoin de changement profond dans la façon dont une organisation fait du business, interagit avec ses intervenants et ses écosystèmes. Il s’agit de bouleverser les processus et les pratiques et non simplement de les automatiser. À l’inverse, Les projets dans lesquels la plupart des entreprises se sont engagées ne sont que de simples projets de modernisation numérique. Une bonne occasion de rappeler qu’aucune entreprise ne devrait appeler transformation numérique le simple fait d’avoir mis en œuvre un nouveau SI.

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Modernisation numérique : ce que cela signifie

Il pourrait être tentant de minimiser l’impact de la modernisation numérique, mais il ne faudrait pas se tromper de cible et confondre celle-ci avec la modernisation. Les outils technologiques ne peuvent être utilisés pour les moderniser qu’une fois définis leurs étapes et leurs buts, les règles d’autorisations et de responsabilités en passant par les politiques de traitement des données générées par ces processus. Mais modernisation ne vaut pas transformation, et de fait, la plupart des organisations sont déjà passées par plusieurs étapes de la modernisation numérique.

La modernisation numérique de la fonction comptable est en cela exemplaire. Il y a un siècle, des salles pleines d’employés de bureau étaient à leurs poste de travail, occupés à saisir les recettes et les dépenses dans les grands livres de compte reliés des manufactures et des entreprises. Aujourd’hui, ce n’est pas la même histoire. Le logiciel comptable peut traiter automatiquement les factures et accepter les dépôts électroniques pour générer un rapport mensuel, trimestriel ou annuel sur la rentabilité financière de l’entreprise, ses obligations fiscales et sa conformité aux lois et règlements.

La modernisation numérique rationalise et accélère des processus connus et bien assimilés. Cette modernisation numérique peut être comparée aux modèles d’optimisation mis en place progressivement dans les usines tout au long de la révolution industrielle. En fin de compte, on peut dire que par une série de correctifs et de mises à niveau, la modernisation numérique permet d’avancer par paliers.

« Le modèle de l’usine numérique adopté par la plupart des entreprises pour lancer leurs programmes digitaux rend indéniablement possible l’accélération du rythme de l’innovation d’une entreprise à court terme « , affirme un rapport McKinsey de juillet 2018 intitulé  » Moderniser l’informatique pour se réinventer par le digital « .

Le rapport faisait le bilan de l’adoption des nouvelles infrastructures IT et démontrait de manière totalement évidente les bénéfices apportés par ces technologies en termes de coûts et de productivité. Prenons l’exemple de la migration des processus d’entreprise vers le cloud à partir des serveurs « on premises ».

« L’avantage numéro un que de nombreux dirigeants ont observé suite à l’adoption de l’informatique dans le nuage a été la réduction du Time to Market », indique le rapport McKinsey. « Le cloud leur a permis de déployer de nouvelles applications beaucoup plus rapidement ». Parfois quelques heures suffisaient là où il fallait des semaines, et parfois même, une heure ou moins était suffisante ».

Si on ajoute à ces économies de temps considérables, la réduction des coûts d’hébergement et aussi le bénéfice tiré de la modernisation digitale, la modernisation s’impose comme une évidence aux décideurs de la DSI.

Notez que j’ai dit DSI ! C’est que les bénéfices de cette modernisation sont informatiques. Le reste de l’organisation n’est généralement pas impacté par la modernisation numérique. 

Les outils sous-jacents à la modernisation numérique permettent aux entreprises de réaliser des économies de temps et financières, mais ce ne sont pas les outils qui transforment les organisations.'Click to Tweet

Transformation numérique : faire évoluer son modèle économique

La transformation numérique, contrairement à la modernisation, englobe certes l’utilisation des outils et l’optimisation des processus, mais elle n’est en aucun cas limitée aux outils. La transformation numérique utilise les capacités des employés du 21e siècle, libérés des tâches courantes à la manière de nos comptables du début du 20e siècle. Les données occupent les pensées des premiers, alors que les porte-plumes occupaient les mains des seconds. Le but est qu’ils puissent consacrer toute leur énergie à l’analyse, la consultation et l’évolution du modèle économique de l’entreprise.

Cette distinction n’est pas que formelle. L’évolution du modèle économique est le moteur de la croissance. Il y a bien assez d’obstacles à la réalisation de cet objectif dans notre culture économique actuelle pour ne pas en ajouter.

« 23% des PDG constatent que l’évolution récente des tarifs douaniers, des quotas et d’autres formes de réglementation du commerce a des répercussions importantes sur le fonctionnement de leurs entreprises « , indique un rapport Gartner de mai 2019 sur les défis de croissance. « 58 % des PDG sont préoccupés par ce sujet, ce qui donne à penser qu’un plus
grand nombre d’entre eux s’attendent à ce que cette question ait un impact sur le futur de leur activité 
».

Dans quelle mesure la transformation numérique aura-t-elle plus d’efficacité que la modernisation numérique lorsqu’il s’agit de surmonter les obstacles à la croissance ? La valeur ajoutée de la réflexion stratégique paraît évidente quand on se penche sur la façon dont les dirigeants abordent le contrôle de gestion.

« 27 % des responsables interrogés ont mentionné l’importance de la technologie dans leurs approches de contrôle des coûts en troisième position après les mesures relatives aux ressources humaines et à l’organisation, dont la détermination des primes et la gestion des dépenses et des budgets », indique le rapport Gartner. « Cependant, lorsqu’on leur demande d’évaluer productivité et performance, les dirigeants sont beaucoup plus enclins à considérer les technologies comme de simples outils. 47% des répondants ont ainsi indiqué que la technologie était l’un des deux meilleurs moyens à leur disposition en vue d’améliorer la productivité. »

Le fait que les outils proprement dits ne soient jamais cités en premier sur ce sujet montre bien que les décideurs connaissent les limites de la modernisation digitale et savent faire la distinction avec la transformation numérique. En fin de compte, nous appliquons la modernisation numérique lorsque nous connaissons les processus que les outils peuvent automatiser pour libérer l’énergie et le potentiel intellectuel de nos salariés. Lorsque nous utilisons ces qualités humaines pour résoudre des problèmes, nous tirons alors parti de la puissance de la transformation numérique.

Qu’en est-il si votre défi est de surmonter un des nombreux obstacles à la croissance ? Lorsque les barrières douanières américaines sur l’acier canadien ont été relevées, puis que les Canadiens ont répliqué de la même manière, les entreprises des deux côtés de la frontière ont été confrontées à des problèmes de maîtrise des coûts et des canaux d’approvisionnement. Grâce à la modernisation numérique, les entreprises disposaient d’outils leur permettant de tenir à jour leurs estimations de stocks et de production. Les données étaient toujours disponibles pour informer les gouvernements des deux pays en conflit commercial des dommages encourus. Les entreprises engagées dans la transformation numérique en vue de la croissance, par contre, pouvaient être plus agiles. Elles étaient capables de monter des business plans et de modéliser des canaux de distribution pour accéder à de nouveaux marchés dans l’UE et en Asie. Cette agilité et cette évolution ne sont possibles que si l’on combine les données générées par les outils numériques avec l’application de stratégies bien humaines. Ceci implique un recours à une panoplie de tactiques nécessaires à la résolution de ce problème, dont l’accès aux ressources compétentes afin de maximiser son capital humain.

La transformation numérique recourt à l’énergie et l’ingéniosité des humains pour inventer de nouveaux processus non encore identifiés, ouvrir le champ des possibles et se placer à l’avant-garde de l’innovation. C’est cette quête de l’innovation, soutenue par la libération de moyens — dont des ressources technologiques — dans un but de progression, qui distingue la transformation de la modernisation numériques.

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