Santé et IA : à robot docteur, patient cyborg !

@Karima-Catherine Goundiam
10 octobre 2019

Santé et IA : tour d’horizon de la transformation digitale

Votre futur médecin sera-t-il un robot ? Votre traitement vous transformera-t-il en une sorte de machine, un patient cyborg ? Nous évoquons ici l’avenir de la technologie de la santé en puisant notre vocabulaire à la source d’un lieu imaginaire. Un lieu où la science-fiction rencontrerait les rêves des ingénieurs de demain.

Intrinsèquement, les technologies de la santé d’aujourd’hui ont déjà intégré tout l’imaginaire de la science-fiction. Elles permettent d’appliquer l’intelligence de solutions hautement sophistiquées à des problèmes de santé réels. Quoiqu’il en soit, la transformation numérique de la santé se définit avant tout par la façon dont nous utilisons ces objets technologiques afin de prendre soin de nos corps et de nos esprits qui somme toute, restent très humains. Cela dit, la transformation numérique est à la fois poussée et entravée par un mouvement de balançoire permanent entre innovation et prudence. C’est ce qu’il y a de plus crucial pour nous en tant qu’individus et pour la société tout entière.

Des investissements dans les technologies de santé

Autrefois réservés aux états, les investissements dans la santé sont le fait aujourd’hui de nouveaux acteurs. Les GAFA, Google, Amazon, Facebook et Apple, font tous des incursions dans ce secteur. Cherchent-ils à « disrupter » la prestation des services de soins de santé en utilisant leur savoir-faire et la puissance de leurs logiciels ou sont-ils au contraire désintéressés et leur intérêt dans la santé est-il de nature humanitaire ? La réponse à cette question est probablement : « ni l’un ni l’autre ». Leur action semble très motivée par la gestion des RH. Les géants de l’industrie de la technologie, dont le siège social est situé aux États-Unis, le pays où le coût des soins est le plus élevé au monde, se doivent de contrôler le coût des avantages sociaux offerts à leurs employés hautement qualifiés.

« La santé de la population et les soins préventifs seront les principes directeurs, qui permettront de réduire les coûts en aidant les travailleurs à rester en bonne santé plutôt qu’en les traitant une fois qu’ils sont tombés malades » analyse le média en ligne Vox, en parlant de l’intention d’Apple de construire et de gérer deux cliniques pour servir à la fois ses employés et le public qui désireraient profiter de ces services payants.

L’implication des grands de la technologie dans les soins de santé ne se limite cependant pas aux coûts de personnel. Lorsqu’il s’agit de mesurer et de gérer les données générées par les dispositifs médicaux connectés, qu’il s’agisse de stimulateurs cardiaques, de cardiofréquencemètres ou de lecteurs de glycémie, les solutions cloud et de traitement des Big Data — à l’instar des systèmes sous-jacents à Google Analytics — sont toutes prêtes à être transposées au domaine de la santé.

Un rapport récent de MarketWatch indique que le secteur des dispositifs médicaux portables devrait atteindre 14 milliards de dollars d’ici 2024. La gestion des données générées par les appareils pour informer les patients sur les soins n’est qu’un défi parmi d’autres dans ce secteur. Cependant, mettre de telles innovations sur le marché est plus lent qu’il y paraît. Le secteur de la santé est gouverné par des contraintes légales, des contraintes de sécurité et de confidentialité et des considérations éthiques. Même s’ils ont leur utilité, ces facteurs vont ralentir la mise en œuvre de bon nombre de ces appareils et outils de la transformation numérique.

Cette précaution nécessaire est invoquée à juste titre. Il y a déjà eu des précédents de promesses de baisse des coûts de la santé qui se sont transformés en abus de confiance massifs vis-à-vis du grand public.

Ainsi, Theranos, une société fondée en 2003, portait la promesse de la « disruption » des procédures de tests sanguins en développant et en vendant des bandelettes de test préemballées qui pouvaient être renvoyées à un laboratoire avec le prélèvement. Le concept a permis d’étendre les processus utilisés pour les tests de glycémie à d’autres maladies communes. En 2015, après que la société eut investi plus de 9 milliards de dollars de l’argent de ses actionnaires dans ces innovations, le Wall Street Journal révéla des inexactitudes dans ces procédures. Theranos ferma ses portes en 2018.

Les appareils connectés et l’Internet des objets dans la santé

Toutefois, l’idée que le patient puisse effectuer lui-même des tests biologiques et d’autres formes de diagnostic en dehors du contexte clinique ne sera pas freinée par une unique fraude, même de 9 milliards. Les dispositifs immersifs (dits « wearables » en anglais, car on les porte sur soi), ainsi que les autres formes d’objets connectés reliant la santé du patient à l’Internet des objets médicaux (mIoT) révolutionnent déjà les diagnostics.

La « biomécatronique », la science de l’ingénierie des dispositifs médicaux portables, se consacre de plus en plus au développement d’outils de diagnostic. L’iTBra, un dispositif composé de pièces mammaires portables qui mesurent les changements métaboliques indiquant une activité tumorale, n’est qu’un exemple de la manière dont les appareils portables peuvent être utilisés pour accroître la détection précoce et éviter les biopsies inutiles ou autres procédures chirurgicales. L’iTBra est un exemple de la manière dont l’innovation suscite de grands espoirs et des perspectives prometteuses pour un avenir grâce à une détection plus précoce et à un diagnostic plus précis et moins douloureux.

Lorsque nous abordons le sujet de la transformation numérique de la santé, ce sont la douleur et la souffrance qui devraient nous préoccuper, plutôt que les robots et les cyborgs. Nous bénéficions déjà des avantages découlant de la numérisation des soins. Les carnets de santé électroniques, par exemple, ont permis aux prestataires de santé du monde entier de partager des informations sur des pathologies ainsi que leur expertise pour améliorer les prestations de santé.

L’IA dans la Santé

Le partage d’informations par le biais des carnets de santé électroniques a été la première étape dans la mise en commun des connaissances pertinentes pour le développement de l’IA dans ce secteur. Les algorithmes qui composent l’IA peuvent accéder à une grande variété de données patients et en tirer des leçons. Ces informations définissent les marqueurs de bonne santé et l’étendue des problèmes communs. Néanmoins, dans le domaine de la santé, ce qui est préoccupant c’est ce qui s’écarte de la norme.
L’utilisation de l’IA a permis d’établir des diagnostics et même de corriger des diagnostics erronés. En 2016, Watson, le superordinateur de la société IBM, a correctement diagnostiqué une forme rare de leucémie chez une femme. Le médecin en charge du cas savait que le patient était atteint de leucémie, mais en avait mal diagnostiqué le type. Aujourd’hui, les algorithmes d’intelligence artificielle permettent d’identifier et de diagnostiquer correctement un cancer du col de l’utérus à partir d’images prises par un smartphone et entrées dans une application mobile.

Cela veut-il dire que les docteurs seront remplacés par des robots

Cela signifie également qu’un simple cas de grippe, par exemple, pourra être diagnostiqué et traité à distance, tandis que les médecins se concentreront sur des pathologies plus graves. Un autre avantage de la transformation numérique par l’IA dans la santé sera de limiter la transmission des maladies dans les salles d’attente.

Il est encore difficile en 2019 de faire entièrement confiance à un diagnostic posé par une machine, mais il est clair que la transformation numérique du secteur de la santé rendra possible la levée de doute par des données tangibles. Il aura fallu moins de 20 ans aux consommateurs pour confier leurs finances aux portails d’e-commerce et aux banques en ligne. Le suivi des patients et les diagnostics à distance suivront probablement un schéma similaire.


L’avis de l’expert : interview de Grégory Pallière sur la transformation digitale dans le secteur de la santé

 

Gregory Pallière, co-fondateur et Chief Development Officer de iRevolution

 

 

5 réponses sur “Santé et IA : à robot docteur, patient cyborg !”

  1. « Aujourd’hui, les algorithmes d’intelligence artificielle permettent d’identifier et de diagnostiquer correctement un cancer du col de l’utérus à partir d’images prises par un smartphone et entrées dans une application mobile. »

    Comment est-ce possible ?
    Le cancer du col de l’utérus présente-il des symptômes externes ??

  2. Bonjour Karima,

    Dans les articles que vous avez copiés en lien, il est précisé :

    « Des femmes entre 30 et 65 ans vivant à Ambanja ont été recruté pour participer à l’étude à partir du programme de dépistage. Dans ce programme, les femmes réalisent tout d’abord un auto-test de HPV, qui s’il est positif, entraîne la réalisation d’une consultation gynécologique avec test à l’acide acétique. Une photographie de l’examen était réalisé puis envoyé à Genève par email auprès d’un centre de lecture pour interprétation immédiate des clichés.

    Les images étaient classées en normales ou anormales, et nécessitant une prise en charge immédiate spécialisée ou non. Les photos étaient réalisés avec un smartphone de marque Samsung Galaxy S5 par un étudiant en médecine entraîné et aussi analysées sur place par un médecin gynécologue. »

    Vous admettrez que résumer cela par « Aujourd’hui, les algorithmes d’intelligence artificielle permettent d’identifier et de diagnostiquer correctement un cancer du col de l’utérus à partir d’images prises par un smartphone et entrées dans une application mobile. » est une tournure assez simpliste et pas réellement représentative de l’état réel des choses.

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