Il faut réussir grâce à l’IA, pas dans l’IA (en 3+1 étapes)

@Xavier De Mazenod
17 octobre 2019

Il faut véritablement habiter dans une caverne pour ne jamais avoir entendu l’injonction de se lancer dans l’intelligence artificielle (IA). Une injonction qui joue sur la séduction avec la mise en avant des bénéfices incroyables à retirer de l’IA. Ou qui joue sur la peur de louper des opportunités ou même, carrément, de disparaître au profit de nos concurrents chinois.

Face à l’urgence réelle à prendre le train de l’intelligence artificielle en marche, il faut toutefois raison garder et ne pas se lancer n’importe comment.

L’injonction à accélérer son activité avec l’intelligence artificielle est forte, mais on nous propose souvent de nous concentrer sur le « comment » plutôt que sur le « pourquoi ». Ou alors on nous propose de nous jeter tout de suite dans la technique. Voyons ici comment bien lancer son projet d’IA et ne pas se tromper d’objectif. Pour cela, j’ai interviewé Gregory Pallière, Co-founder & Chief Development Officer chez TheAugmentedCompany.ai (iRevolutionZiwigStar5.ai) qui nous a détaillé sa méthode en 3 étapes.

Impact de l’Intelligence artificielle sur l’économie

Pourtant, il faut se préserver du danger de partir dans tous les sens en essayant de faire de l’IA pour faire de l’IA. Sinon on risque de se noyer littéralement dans un trop plein d’initiatives. Certes, on progresserait ainsi dans la connaissance de la technologie de l’intelligence artificielle, mais on ne créerait aucun bénéfice pour l’activité de l’entreprise.

Choisir le bon objectif pour son projet Business avec l’IA

Pour Grégory Pallière, « le plus important c’est de comprendre qu’il faut choisir les bonnes batailles. Il faut arriver à choisir un, deux ou trois combats maximum, différents pour chaque marché, car les niveaux de maturité digitale sont très variables entre l’Europe, la Chine ou les États-Unis. Nous invitons nos clients à prendre un ou deux sujets par marché et à les dérouler à fond ».

Malheureusement les stratégies sont souvent décidées pour de mauvaises raisons. Il suffit parfois d’une belle présentation PowerPoint à un board pour que l’entreprise se lance dans un projet d’IA, mais assez rarement à cause d’éléments tangibles ou factuels.

Revenons-donc sur terre et voyons les 3 étapes nécessaires au succès selon Grégory.

3 étapes pour réussir grâce à l’IA (et non réussir dans l’IA !)

Pour Grégory Pallière, afin de bien choisir sa stratégie – en reposant sur des faits -, il est nécessaire de prendre en compte trois éléments.

  • Étape 1 : aligner le projet sur la stratégie de l’entreprise

Le premier élément est de savoir si les projets sont alignés avec la stratégie de l’entreprise. Par exemple, dans le secteur de la santé, une entreprise a découvert une super innovation dans l’IA au service des médecins. Doit-on se lancer, est-ce réellement en phase avec la stratégie de l’entreprise ? Et si cette organisation lance une initiative avec une IA qui va peut-être court-circuiter les médecins grâce à un diagnostic automatique, est-ce aligné avec la stratégie de l’entreprise ?

  • Étape 2 : évaluer l’impact du projet d’IA sur votre activité

Le deuxième élément est de savoir si le projet d’IA pourra réellement créer de l’impact sur son activité. « Cela peut faire rire de voir qu’on a ce débat constate Grégory Pallière. Mais à chaque fois qu’on s’est penché sur l’inventaire de toutes les initiatives qu’elles soient digitales ou non (y compris avec de l’intelligence artificielle), dans 90% des cas elles n’avaient pas d’impact sur le développement de l’entreprise ».

Grégory Pallière cite l’exemple d’une société du secteur automobile chez qui il a recensé 52 initiatives dans le digital et l’IA. Sur les 52, deux tout au plus avaient un potentiel business. Malheureusement il existait aussi deux autres projets qui n’avaient même pas été identifiés et qui, eux, pouvaient engendrer des développements importants.

  • Étape 3 : évaluer le niveau d’effort nécessaire à la réussite du projet

Le troisième élément sur lequel on doit s’appuyer pour choisir ou pas de lancer une initiative c’est le niveau d’effort nécessaire pour réaliser ce projet. Le niveau d’effort n’intègre pas que le coût, il porte aussi sur les compétences à acquérir.

Grégory Pallière cite l’exemple d’une société qui travaille principalement dans le BtoB. Toute sa commercialisation passe par des professionnels et elle possède une expertise en vente, en marketing, en communication, mais essentiellement en BtoB.

Et puis elle décide de lancer une initiative de « flagship store » e-commerce en BtoC ou encore une plateforme d’e-services grâce à une IA individualisée pour lesquels elle n’a absolument pas les compétences en marketing, en ventes et en communication. Si elle se lance dans ce type de projet, elle doit être consciente que l’effort va être énorme.

  • Étape supplémentaire : savoir faire des compromis

Si l’on a pris en compte les trois éléments énoncés ci-dessus, la décision stratégique est simple. On peut alors se dire que si une initiative est super facile à lancer, qu’elle a un impact business très important et qu’elle est en ligne avec la stratégie de l’entreprise, il n’y a plus de questions à se poser : ce projet, il faut le faire.

Mais le problème de la décision se pose rarement de manière aussi simple. Et le monde est toujours fait de compromis. On va devoir analyser cela de manière factuelle pour savoir prioriser. Et, bénéfice secondaire pour Grégory Pallière, amener une méthode claire permet également de susciter l’adhésion des équipes parce qu’elles voient exactement comment les choix ont été faits, et que cela n’a pas été fait « à la tête du client ».

En conclusion il faut réussir grâce à l’IA, pas dans l’IA

La fascination pour la technologie est un autre danger qui guette les dirigeants sur le point de développer des stratégies avec l’intelligence artificielle. Une société qui veut réussir doit réussir grâce à l’IA pas dans l’IA, sauf s’il s’agit d’une startup de l’IA. « Un groupe pharmaceutique, un groupe de distribution dans l’immobilier ou une entreprise qui fabrique des pièces pour l’automobile ont-ils vocation à devenir des sociétés d’intelligence artificielle ? », interroge Grégory Pallière, « je ne le pense pas ».


L’avis de l’expert : Grégory Pallière

Pour Grégory Pallière, Co-founder & Chief Development Officer chez TheAugmentedCompany.ai (iRevolutionZiwigStar5.ai), il ne faut pas succomber à la tentation de devenir un spécialiste de l’intelligence artificielle plutôt que de la mettre au service de son activité :

 

Prenons l’exemple d’un grand groupe pharmaceutique suisse qui considère que l’IA est l’avenir. Plutôt que de s’intéresser à étudier ce que l’intelligence artificielle peut avoir comme impact sur son business, ce groupe va développer toute une force d’intervention dans l’IA. Cela va nécessiter trois ans et demi d’investissements énormes pour créer une sorte de mini « factory » d’une quinzaine de personnes. Et tout cela n’a abouti aujourd’hui qu’à des applications permettant de faire de la reconnaissance d’images pour photographies. L’application sert, par exemple à déterminer si l’image représente un stylo, du papier ou une souris (sic). L’entreprise a développé cette application qu’ils ont mise à disposition sur l’Apple store. Mais une application comme celle-là est-elle réellement du ressort d’un groupe pharmaceutique ? Qu’une SSII voulant démontrer qu’elle n’est plus focalisée sur les anciennes technologies, et faire la preuve de ses capacités, lance ce genre d’applications, pourquoi pas ! Mais dans le cas présent, le rapport entre l’application et le métier premier de l’entreprise est plus qu’insignifiant.

2 réponses sur “Il faut réussir grâce à l’IA, pas dans l’IA (en 3+1 étapes)”

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