Innover avec les « aigles », ces profils atypiques de l’innovation digitale

@Yann Gourvennec
10 avril 2019

Innover avec les « aigles » et se transformer ces profils atypiques de l’innovation digitale

Innover, et notamment innover dans le domaine du digital, et transformer en profondeur son business, requiert des profils d’un niveau bien différent des parcours rencontrés habituellement sur le terrain, dans les domaines courants de la gestion. Sans sous-estimer la nécessité ni la difficulté de faire tourner une entreprise, l’innovation digitale est l’ingrédient essentiel de votre stratégie qui va vous permettre de faire x10, de multiplier vos chances et sortir du cadre. Pour faire tourner cette innovation digitale, pour qu’elle aille au-delà des clichés et des poncifs sur l’innovation et que l’innovation utile soit au rendez-vous, il vous faudra trouver des « aigles », des profils bien particuliers qui sont spécialisés dans ce domaine. Gregory Pallière, co-fondateur et Chief Development Officer de iRevolution, l’a expliqué dans une vidéo évocatrice que je vais commenter ici.

 

Les Aigles : au-delà des clichés entendus sur l’innovation digitale

Or, s’il est facile de lister les qualités des « vrais innovateurs » dans des listes assez convenues, trouver les profils qui sont capables de prendre en charge l’innovation digitale depuis la conception jusque sa mise en œuvre est une autre histoire. Qu’est-ce qui détermine donc la justesse d’un profil d’innovateur en digital ?

 

Gregory l’a résumé de manière fort convaincante dans une vidéo que je vais commenter ici. Son titre, « innover avec les aigles », m’a intrigué au premier abord, mais il fait mouche et rappelle la réalité à l’innovateur qui s’est frotté au terrain de la transformation pendant une longue période de sa vie professionnelle.

 

innover avec les aigles

 

Ces profils, qui se sentent plus à l’aise avec l’innovation que les opérations, et qui sont capables non seulement de penser mais aussi de mettre en œuvre l’innovation digitale, ce sont les « aigles ».

 

Ces personnes capables de voir haut et loin, mais aussi de raser le sol à la rechercher de nourriture, pour filer la métaphore inventée par Gregory. Une métaphore qui me parle particulièrement et qui reflète, à mon avis, très bien la réalité du terrain de l’innovation, loin des clichés entendus.

 

Que signifie « Innover avec les aigles » ?

Que veut dire « travailler avec des Aigles » ? Par cette expression, Gregory Pallière entend que les aigles volent très haut et sont aussi capables de descendre très bas. Un aigle « est donc quelqu’un qui a une vision stratégique et en même temps, une vraie expertise pointue associée ».

 

Ces aigles ne sont pas des « geeks » ni de simples têtes pensantes, mais les deux en même temps. Or, trouver ces doubles profils n’est pas aisé, explique Gregory dans cette vidéo tirée d’une présentation donnée à Rabat dans le cadre d’une journée de l’innovation co-organisée par LMI et iRevolution en 2016.

 

« Le plus dur est de trouver des gens qui sont capables d’avoir cette vision stratégique, qui sont capables de dire ‘c’est par là qu’il faut aller’ et en même temps qui ont une véritable expertise de terrain ».

Des aigles et des autres profils que l’on rencontre sur le terrain

Des experts et des aigles

Il est relativement facile de trouver des experts d’un domaine. « Ce sont les gens qui sont en bas » explique Gregory. Ce n’est pas péjoratif, l’expert est fermement ancré sur le terrain, il connaît parfaitement sa matière, c’est un technicien hors-pair. « Mais, souvent, il n’a pas la vision de ce qu’il fait ».

« L’aigle est en haut et voit le lapin et se dit qu’il va pouvoir manger » explique Gregory. Mais il est aussi capable de reprendre de la hauteur, même après avoir discuté sur le terrain avec les experts.

 

L’expert, quant à lui, reste en bas, ancré dans son domaine d’expertise.

Quelle est la conséquence de cet état de fait ?

Si l’on reste dans son pré carré (dans son domaine d’expertise), on pourra peut-être « manger un lapin » (obtenir des résultats liés étroitement à ce domaine, souvent des améliorations techniques, à la marge). Mais ainsi, on passera aussi à côté d’un tas de possibilités. « Que vais-je finir par manger si je reste dans mon champ, car je suis un expert avec la tête dans le guidon ? » demande Gregory. « Je vais finir par manger une souris, puis je finirai même par manger des fourmis ! »

 

Par contre, si notre expert avait la capacité à reprendre un petit peu d’envol, il aurait vu que, dans le champ d’à côté, « il y avait un autre lapin » poursuit le co-fondateur de iRevolution.

 

Sur le terrain, on voit beaucoup d’experts, de super experts, des experts techniques, des experts en Digital Marketing … qui restent malheureusement dans leur spécialité alors qu’en fait, il leur faudrait prendre du recul en permanence.

Puis il y a les consultants et le syndrome d’Icare

Il existe un autre type de profil, celui des grands cabinets de consultants, avec d’autres formes d’experts. Parfois, ils ont été sur le terrain, mais pas très longtemps, souligne Grégory. Ils tentent de donner une vision stratégique, mais en ayant souvent totalement perdu la vision du terrain.

 

Grégory appelle ceci le syndrome d’Icare : sur la base de superbes PowerPoint, ils vont concevoir de savantes stratégies, mais à la sortie ils se brûleront les ailes, comme Icare. Pourquoi ? Parce qu’ils ont perdu cette réalité du terrain. Ils auront imaginé un dispositif qui n’a aucune chance d’être mis en place.

 

« Enfin, que trouvez-vous dans 90% des cas dans les entreprises ? » interroge Gregory.

Le pigeon

« Pourquoi trouve-t-on des pigeons ? » Parce que le système incite à leur reproduction, nous explique-t-il. Le monde des affaires est tout entier dans une logique d’industrialisation et a tendance à mettre tout le monde dans des silos. Ces silos sont peuplés de middle managers qui, dès qu’ils ont une idée se voient répondre : « Ne te mêle pas de ça ! Tu vas taper dans le territoire d’à côté, tu n’as pas le droit, donc reste dans ton périmètre !».

 

Car l’expertise n’est pas valorisée, ce qui est valorisé est le fait d’encadrer un maximum de personnes et de sous-traiter tout ce qui peut l’être.

 

Plus l’entreprise est grosse, plus on y trouve de pigeons.

Être un middle manager, et le rester, fait en effet perdre à l’intéressé l’amplitude de l’Aigle.

 

« Quand nous avons créé notre société et avons recherché à recruter, notre véritable obsession a été de trouver des candidats capables de reprendre de l’altitude, voire même de l’avoir déjà fait », précise Grégory.

 

Une personne sur cent a vraiment les capacités d’être un aigle.

Si l’on doit investir dans l’innovation, le plus dur est de détecter ce 1% de candidats capables à devenir des aigles. Ils peuvent avoir 22 ans, 35 ans, 45 ans ou 55 ans, l’âge n’est pas la question.

 

Le plus dur est d’arriver à détecter la capacité du candidat à prendre du recul sur ce qu’il fait sans avoir peur de redescendre au niveau du terrain.

 

Voilà ce que iRevolution recherche pour ses équipes : que chacun des employés ait une vision stratégique tout en étant un gourou reconnu sur un domaine particulier. C’est une condition pour devenir un aigle, et six mois maximum sont requis pour le devenir chez iRevolution.

 

Pour Grégory, « C’est un défi, l’intégration de tels candidats est très complexe, mais c’est la règle de base qui fait que l’on réussira demain, et c’est pour cela que toute notre énergie est mise sur ces profils ».

 

C’est en effet une condition indispensable pour innover et faire x10, afin de réussir réellement sa transformation digitale.

 

 

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Yann Gourvennec

PDG & fondateur chez Visionary Marketing
Yann Gourvennec a créé le site visionarymarketing.com en 1996. Il est intervenant et auteur de 4 ouvrages édités chez Kawa. En 2014 il est devenu entrepreneur, en créant son agence de marketing digital Visionary Marketing, en association avec Effiliation. Il est directeur de programme du Mastère Spécialisé Digital Business Strategy de Grenoble Ecole de Management depuis 2015.
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