Innovation : 3 étapes indissociables pour réussir

@Yann Gourvennec
2 juillet 2019

Innovation : 3 étapes indissociables pour réussir

Innovation est un mot qui revient constamment dans la communication des entreprises. Ce terme est pourtant difficile à définir : concerne-t-il l’invention d’un nouveau produit ou service, ou une simple amélioration ? L’innovateur est-il celui qui invente le produit, ou celui qui le met sur le marché en premier ? Une entreprise innovante est-elle nécessairement celle qui investit le plus dans la R&D ? Pour répondre à toutes ces questions, je me suis entretenu avec Grégory Pallière, co-fondateur et CDO de iRevolution.

1ère étape : Faut-il commencer dans un garage pour être innovant ?

« Toute grande entreprise, en particulier américaine, est fière de nous rappeler qu’elle a commencé dans un garage. Microsoft, Apple, Amazon, Hewlett Packard, en sont les exemples les plus connus », nous explique Grégory Pallière. L’image du garage est certes symbolique, mais elle prouve néanmoins par l’exemple que ces multinationales leader de leur marché n’ont pas eu besoin de gros moyens pour commencer à innover. Cette première étape « garage », celle du tâtonnement, du laboratoire, fait intervenir une poignée de personnes qui créent un concept sans savoir si celui-ci rencontrera le succès.

Au-delà du mythe du garage, il faut voir le fait que la première étape de l’innovation nécessite plus de créativité et d’imagination que de moyens

Attention aux idées reçues : une grande entreprise déjà installée sur son marché est également capable de créer. « Beaucoup d’entreprises ont des labos, des petites parties où il est possible d’entreprendre sans contrainte ». Ces espaces d’innovations, préservés du poids de l’histoire de l’entreprise permettent à quelques personnes de développer leur idée et peut-être arriver à une innovation de rupture.

2e étape : vous trouvez votre innovation géniale, mais le marché le pense-t-il aussi ?

En 1916, dans les rues de Londres, les premières trottinettes électriques font leur apparition. 100 ans plus tard, elle commence à trouver son marché grâce à l’arrivée à maturation d’autres innovations, comme la géolocalisation, le smartphone et le modèle d’affaire du libre-service.

Votre produit ou service innovant a du potentiel ? Cela ne servira à rien si vous ne réussissez pas à le vendre. Et pour ce faire, il va falloir adapter votre innovation au marché. « C’est lors de cette étape qu’il sera indispensable d’avoir dans son équipe des personnes orientées business, capables de passer par la porte ou par la fenêtre pour aller vendre », précise Grégory Pallière.

Cette deuxième étape du go-to-market nécessite une approche itérative composée d’essais et de corrections, pour modifier et adapter petit à petit le produit au marché.

A titre d’exemple, Grégory Pallière nous détaille l’accompagnement d’une start-up, Second Avis, au cours duquel le modèle d’affaire a complètement évolué. Le but premier de cette start-up était de mettre en relation des experts médicaux pour établir un diagnostic pointu sur une maladie rare. Le fonctionnement a été mis en place en un an, mais les médecins préféraient une interface sur smartphone. Le produit a donc été reconçu, mais il s’est avéré que lors de la commercialisation, les clients n’étaient pas prêts à payer plus de 50€ par diagnostic. L’idée a donc été de proposer un parcours de soins comprenant un diagnostic, un billet d’avion pour aller dans un endroit où la maladie peut être soignée, et la formation du personnel de santé dans un hôpital de proximité pour le suivi post-opératoire. C’est donc par petits pas que la solution a évolué et abouti à une offre bien différente de celle créée à l’origine.

Après avoir adapté son offre au marché, l’objectif final de cette étape est de faire connaître son produit ou service et gagner des parts de marché.

3e étape : votre innovation est aimée de tous, mais vous rapporte-t-elle de l’argent ?

Ceci n’est pas un obus roulant, mais la première voiture électrique à dépasser les 100 km/h…En 1899. 120 ans plus tard, l’électrique est de nouveau sur le devant de la scène, avec des ventes qui doublent chaque année.

Il s’agit dans cette étape d’optimiser l’innovation pour le marché. Il faut distinguer cette étape de la 2e, car l’état d’esprit est différent. Alors que la seconde étape consiste à ajuster son offre aux attentes du marché, on se souciera ici de la viabilité du produit ou du service sur le long terme et de la capacité à délivrer.

Par exemple, Tesla a excellé en innovation pour mettre au point des voitures électriques à la fois performantes, endurantes et sécurisée. Ensuite, 2e étape de l’innovation, elle a su promouvoir ses prototypes et trouver un marché, passant par la partie haut de gamme, pour descendre petit à petit vers des modèles plus accessibles, s’ouvrant de nouveaux marchés. Mais on constate aujourd’hui que l’entreprise californienne peine à réussir dans la 3e étape, rencontrant des difficultés dans la montée en charge de sa production, et la maîtrise de ses coûts. Elle conserve néanmoins le soutien de ses investisseurs au vu de sa position de leader sur le marché de la voiture électrique et de ses résultats qui commencent tout juste à devenir positifs.

Le but de cette 3e phase est donc de s’organiser, rationnaliser les coûts et les processus, dans le but de pérenniser l’activité de l’entreprise et dégager une marge.

Faire l’impasse sur l’une des 3 étapes revient à saborder son innovation

« Beaucoup d’entreprises se reposent sur la 3e étape, optimisant des innovations qui datent de la révolution industrielle » estime Grégory Pallière. « Et lorsqu’elles se rendent compte qu’elles n’arrivent plus à innover, elles créent un « innovation lab », ou une « innovation factory », rachètent des start-ups… Mais oublient l’étape n°2 du go-to-market, tuant la plupart des nouveaux projets dans l’œuf ». Un exemple caractéristique de cette difficulté à porter l’innovation sur le marché est Kodak. Chacun connaît la chute de Kodak, qui a subi de plein fouet l’arrivée de l’appareil photo numérique. Mais l’on sait moins que l’inventeur de l’appareil photo numérique est… Kodak. Réussir à inventer un produit d’avenir ne suffit pas, et oublier l’une de ces trois étapes revient à compromettre sa capacité à innover et en tirer un bénéfice.


L’avis de l’expert : interview de Grégory Pallière 

 

Gregory Pallière, co-fondateur et Chief Development Officer de iRevolution

 

 

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