7 écueils à éviter pour sa transformation digitale

@Yann Gourvennec
10 avril 2019

L’avis de l’expert : 7 écueils à éviter pour sa transformation digitale

Il y a de nombreuses raisons et de nombreuses voies à suivre si vous voulez mettre toutes les chances de votre côté pour être sûr de rater votre transformation digitale. Pour analyser ces causes d’échec, j’ai demandé à Gregory Pallière, co-fondateur et Chief Development Officer de iRevolution de nous faire part de son expérience du terrain .

 

1ère raison d’échec : confondre projets et initiatives

1er écueil de la transformation digitale : confondre projets et initiatives

C’est ce qu’on observe dans une écrasante majorité des transformations qui ont échoué.

 

Qu’est-ce qu’un projet ? Un projet a un début et une fin, ce qui est pratique d’un point de vue budgétaire. C’est un mode de travail très adapté sur des sujets matures : optimiser un ERP, par exemple.

 

Sur des sujets nouveaux, comme la transformation digitale, il faut pouvoir dégager des marges de manœuvre pour innover. Car le fait de savoir qu’il y a un début et une fin signifie qu’on imagine qu’on fera mouche du premier coup. Si cela peut arriver parfois, c’est souvent un coup de chance. Car on fait rarement bien du premier coup et il est difficile d’imaginer exactement comment les utilisateurs vont appréhender le résultat du projet.

Si l’entreprise a la capacité de faire évoluer le résultat, tout va bien. Mais si elle a déjà dépensé beaucoup d’argent sur le projet et qu’elle a décidé de ne réinvestir que si le projet fonctionne du premier coup, on peut être sûr que ce projet sera arrêté dès le premier round, car on va se rendre compte immédiatement qu’on n’y arrive pas.

2ème écueil : mettre tout son budget sur les ressources

2ème écueil de la transformation digitale : mettre tout son budget sur les ressources

On se dit que pour réussir dans la transformation digitale il faut se doter en ressources propres. Donc on décidera de mettre tous ses efforts sur l’acquisition interne de ces ressources, et on va investir dans des « Digital Factory » et des « centres de compétences ».

 

Toute l’énergie sera absorbée par cet apport de ressources et cela risque fort de compromettre une majorité des projets en cours. Acquérir des ressources est une bonne chose. Mais ce moyen ne doit pas devenir une fin en soi. En outre, il s’agit d’une méthode coûteuse. Obtenir toutes les ressources nécessaires à la transformation digitale est un défi énorme car le champ des possibles est infini (pour traiter les impacts juridiques, marketing, la chaîne logistique…)

 

L’impact de cette méthode est en général mauvais. Toutes les entreprises focalisées sur ces schémas-là ont dépensé des millions pour acquérir des ressources. Elles ont la satisfaction de les avoir acquises mais se demandent au bout de deux ou trois ans ce que cela leur a rapporté. La réponse est quasiment toujours décevante.

Au lieu de se focaliser sur les ressources, il faut se centrer sur des initiatives. Il faut ainsi se concentrer sur les quelques ressources à acquérir qui auront un impact sur votre business et progressivement, au fur et à mesure du développement de vos initiatives, continuer à acquérir de nouvelles ressources.

3ème écueil : choisir les mauvais combats (par exemple conserver sa manière de faire ou céder à la mode)

3ème écueil de la transformation digitale : choisir les mauvais combats

Pour rater sa transformation digitale, il suffit de ne pas se poser les bonnes questions.

 

Souvent, on veut utiliser le digital pour résoudre ses maux traditionnels. Or, si le digital peut être très performant pour développer de nouvelles manières de faire, l’utiliser pour se focaliser sur l’existant est très limitatif et va consommer beaucoup d’énergie. Et au final, être très inefficace.

 

Prenons un exemple. Par exemple, la distribution de produits à travers des e-commerçants est un complet changement de paradigme. Regarder cela d’un point de vue uniquement défensif en tentant de protéger vos canaux de vente traditionnels, reviendrait à tenter de ralentir un raz de marée qui, de toute façon, finira bien par arriver et c’est comme cela que vous finirez par vous faire « ubériser ».

 

Autre tendance souvent rencontrée, le lancement d’un grand nombre d’initiatives en même temps. « J’ai entendu dire qu’il était important d’avoir une chaîne sur YouTube », « On m’a dit qu’il était important d’avoir un site corporate »  ou d’avoir un « flagship store » en ligne, ou d’analyser les comportements de mes consommateurs au travers d’un réseau de neurones, etc.

 

Il y a une myriade de termes à la mode comme ceux-là qui font que des entreprises investissent beaucoup d’argent dans 50 ou 60 projets différents en même temps, mais sans cohérence. Résultat : vous brasserez beaucoup de vent mais cela va s’arrêter là.

 

4ème écueil à éviter : travailler sans le mode Smart et en plus de six mois.

 

4ème écueil de la transformation digitale : travailler en plus de 6 mois.

Dans l’imaginaire collectif, plus le projet est long plus il est important et plus il est important, plus l’entreprise est importante aussi. En outre, les processus internes font que tous mes projets sont longs à accoucher.

 

Par ailleurs, on va vouloir se prémunir d’un éventuel échec, car c’est un fait connu que dans les projets digitaux, on observe beaucoup d’échecs. Donc on va essayer de tout blinder, de faire une expression de besoin dans un cahier des charges, de trouver des fournisseurs, de faire le développement, et puis de faire des tests… en bref, un cycle de projet traditionnel, pour une durée d’un ou deux ans, au mieux.

 

Du fait de ce délai très long, il est quasi certain que ce que j’ai imaginé au début ne correspondra plus au besoin des consommateurs car les choses auront beaucoup évolué sous la pression de la concurrence.

 

Ensuite, il est très compliqué de garder une équipe motivée pendant un temps aussi long.

 

En somme, si la première version de mon projet sort en plus de 6 mois, il y a de grandes chances que j’arrive à l’objectif de rater ma transformation digitale.

5ème écueil : travailler au mieux de ses possibilités (en « best effort ») sans mettre une équipe dédiée sur le projet

5ème écueil de la transformation digitale : ne pas avoir d’équipe dédiée

Une transformation digitale nécessite beaucoup d’ingrédients différents. Selon les projets, des composantes marketing, vente, distribution, etc. Or, les ressources humaines vont avoir du mal à créer des postes pour tous ces éléments.

 

La tendance va donc être de piocher dans chaque département et de leur demander de contribuer à la réalisation des projets de cette manière. Il se peut qu’on tombe par hasard sur quelques « héros », mais la plupart du temps, c’est du « best effort » : c’est-à-dire qu’ils font cela en plus de leur activité au quotidien, au mieux de leurs possibilités existantes.

 

Résultat : il faudra un vrai coup de chance pour que ça marche parce que la mobilisation aura été relativement limitée. Donc, pour rater sa transformation à coup sûr, il ne faut surtout pas mettre d’équipe dédiée. Cela peut être une ou deux personnes et le reste peut être effectivement pioché au fil de l’eau dans le reste de l’organisation.

6ème écueil : faire du neuf avec du vieux

6ème écueil de la transformation digitale : faire du neuf avec du vieux

Il y a 5 ou 6 ans, il fallait encore expliquer que le digital impose un changement de mode de pensée et de culture et surtout qu’on change ses habitudes.

 

Aujourd’hui, ce point est à peu près compris, et c’est même devenu un enjeu stratégique.

 

Comme c’est un enjeu stratégique, la tendance commune est de nommer le meilleur lieutenant, puis d’étoffer les équipes avec des gens qui fonctionnent bien dans mon entreprise, à qui vous allez demander de développer l’activité digitale.

 

Or, on vient de le dire, le digital impose un changement de mode de pensée, et les meilleurs dans la manière de faire traditionnelle ne sont pas forcément ceux qui vont réussir dans le digital car la méthode est forcément différente. Pire encore, on va changer l’organisation car on essaie souvent, de manière traditionnelle, de résoudre les problèmes par l’organisation au lieu d’amener de nouvelles manières de faire venues de l’extérieur.

 

Donc se persuader que ses ressources internes sont suffisantes et garder son mode de pensée issu de la révolution industrielle, basé sur la propriété intellectuelle et croire que l’on doit savoir tout faire, ne vous amènera qu’à faire du neuf avec du vieux et le résultat sera sans doute piteux.

 

Si l’on veut réussir, il faut donc être capable d’injecter du sang neuf (via des prestations externes ou des ressources à recruter).

7ème et dernier écueil : ne pas se fixer d’objectif

7ème écueil de la transformation digitale : ne pas se fixer d’objectif

Parce que le digital est nouveau et qu’il met la pression sur les organisations qui doivent changer leurs habitudes, la tentation d’alléger la pression en évitant la contrainte supplémentaire de la fixation des objectifs va être grande.

 

Combien de téléchargements aurai-je sur cette solution ? Combien vais-je avoir de ventes ? Quand vais-je sortir cette nouvelle solution ? La tendance sera de dire « qu’on ne sait pas du tout où on va », « qu’il est trop tôt pour se prononcer », « qu’on on aura tout le temps, dans 1 ou 2 ans », ou que mettre la pression sur des indicateurs non maîtrisés ne vaut pas la peine.

 

En raisonnant comme cela, c’est l’assurance que le résultat ne sera pas au rendez-vous. Le pire c’est qu’on ne le saura même pas, puisqu’aucun objectif n’aura été fixé et qu’on ne pourra, de ce fait, jamais évaluer la performance par rapport à lui.

 

Au contraire, il faut indiquer des KPIs dès le début du projet, omettre de se fixer des objectifs est la garantie que rien de bon ne se passera.

 

 


Article associé de Cyril Bladier : Comment rater sa transformation digitale à coup sûr ? 


 

 

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